27.06.2009

Le conte de l'homme qui se sentait toujours indigné

"Il était une fois un homme qui vivait en état d'indignation permanente. Trop de sensibilité à la bêtise, une intolérance à la médiocrité, une vulnérabilité trop grande à l'injustice, une fragilité ancienne aux abus de pouvoir, tout cela faisait qu'il réagissait, s'enflammait, s'emportait parfois et même plus souvent que la moyenne des hommes et des femmes de ce monde. Il survivait entre deux états inconfortables, la révolte et la colère.

Il ne se passait pas de jours sans qu'un évènement, une parole ou un simple geste ne lui paraisse inapproprié, inadéquat ou inopportun, sans qu'un comportement, une conduite observée ne réveille en lui une poussée d'adrénaline qui le forçait à se manifester, à dire ce qu'il pensait de l'évènement, de la parole ou du simple geste qu'il avait vu ou entendu. Que cela d'ailleurs puisse le concerner directement ou plus indirectement, il se sentait obligé d'intervenir.

Vous allez penser, à juste titre, que ce mode de vie devait l'épuiser ou tout au moins investir l'essentiel de ses énergies. Détrompez-vous, il gardait une ardeur juvénile intacte, une foi dans la vie toujours aussi vive, une confiance et une croyance entières dans l'homme. Les années de déception ne semblaient pas avoir de prise sur lui.

Il possédait une curiosité jamais apaisée face aux comportements de ses semblables et un enthousiasme renouvelé pour tout ce qui touchait aux relations humaines.

Il ne pouvait croire en la malignité ou l'intention mauvaise, il pensait chaque fois qu'il s'agissait d'un oubli, d'une erreur, d'une faiblesse passagère, d'un malentendu facilement compréhensible et donc réparable.

Il croyait que la prise de conscience, la bonne volonté, une vigilance plus grande éviteraient à l'avenir la répétition de ce qu'il considérait comme "de la sottise ou de l'inconscience".

 

Un jour cependant, il dut se rendre à l'évidence : il devait quand même y avoir dans l'homme une part de malignité bien installée, confortablement iinscrite dans son histoire et qui ne demandait qu'à s'exprimer.

Il y avait dans tout individu une part d'ombre et de conflit qui le violentait de l'intérieur, qui l'angoissait et le déséquilibrait au point de le transformer parfois en bourreau, en terroriste ou en pervers.

Il fut ainsi poussé à s'interroger sur lui-même :

"Mais qu'est-ce qui est chaque fois touché en moi, au point de me faire tant réagir ? Qu'est-ce qui est réveillé, restimulé tout au fond de ma personne pour me propulser, me pousser à ntervenir, pour vouloir réparer ce qui m'apparaît inacceptable, injuste ou trop insupportable ? Qu'est-ce qui alimente en moi la source de cette indignation qui ne tarit jamais ?"

Il fut alors confronté à la part d'ombre et de violence qui l'habitait aussi. A ces zones glauques et incertaines de lui-même qu'il avait repoussées au plus profond de ses oublis.

Il fut étonné et consterné de découvrir en lui des espaces où la haine mijotait, où la rage se terrait, où la violence se crispait, prête à exploser ou à bondir, où le mesquin et le sordide se prélassaient sans retenue.

Il sentit ainsi que dans tout homme, comme en lui-même, cohabitaient non seulement le pire et le meilleur mais surtout l'imprévisible et l'innommable. Que le combat n'était pas tant à mener contre les autres, mais à l'intérieur de soi, tout au fond de soi-même pour rester vigilant, centré, en accord avec ses valeurs de vie.

Il resta longtemps, jusqu'à la fin de sa vie, un être de coeur et de malheur, mais avec une tolérance et une compassion même plus grandes pour ce qui surgit parfois d'incompréhensible et d'innacceptable chez l'homme. Car il savait que cette part d'inacceptable, de violent ou de destructeur pouvait aussi surgir de lui."

 

Jacques Salomé - Contes à aimer, Contes à s'aimer

04.05.2009

Soeur Sourire

 



Un film de Stijn Coninx avec Cécile De France.

 

Qui n'a jamais entendu parler de Soeur Sourire ? Jeannine Deckers, alias Soeur Sourire, est devenu un mythe international, avec ses 2 millions d'albums vendus en 1963 et cette chanson, Dominique, qui a plané au-dessus des Beatles ou d'Elvis dans les hit-parades du monde entier. Mais, au-delà de cette chanson, qui était réellement Soeur Sourire ? Le film est le récit bouleversant d'une femme touchante, pleine de doutes et d'enthousiasme, mais subissant de lourdes déconvenues et de regrettables oppositions, en quête de l'amour. (www.mooveOn.net)

Je me souviens de l'annonce du suicide de Soeur Sourire et de sa compagne. C'était en 1985, j'avais 9 ans et j'étais en voiture lorsque l'info a été diffusée sur l'auto-radio.

Je m'en souviens parce que je chantais Dominique depuis toute petite, et parce que le destin de Soeur Sourire - que je ne connaissais pourtant que de manière très succincte - me fascinait sans que je sache dire pourquoi. Avec le recul, je crois que j'avais confusément senti quels bouleversements une si grande notoriété pouvait entrainer dans le coeur d'une religieuse.

Par ailleurs, j'aime énormément le jeu de Cécile de France. Alors je me devais de foncer au cinéma pour voir ce film, et je n'ai pas été déçue. Une fois de plus Cécile de France est éblouissante. Elle possède l'art de s'effacer derrière son personnage pour lui laisser la place, talent malheureusement assez rare au cinéma.

Un film sobre, bouleversant. Jeannine Deckers était une écorchée vive, et même si sa biographie a été quelque peu adaptée pour les besoins du film, je pense que l'essentiel est là. Sa souffrance, son immense soif d'amour et de reconnaissance, son engagement, sa descente aux enfers en grande partie orchestrée par l'Eglise ...

Le film met l'accès sur le drame de la carrière avortée de Jeannine, sans s'attarder sur sa descente aux enfers. Pas de côté glauque et voyeur donc.

Rappelons juste que Jeannine Deckers a été rattrapée par le fisc alors que l'argent engendré par son disque était allé à son couvent et à sa maison de disque. Un scandale qui a contribué à la mener au suicide, même si je pense sincèrement que son mal-être était bien plus profond.

Et qui me laisse consternée.

29.04.2009

Rêves (up)

Parrainée par Vanessa Paradis et Patrick Chêne, sous la Présidence d’Honneur de Coline Serreau et Alain Prost, Rêves est une association caritative, reconnue œuvre de bienfaisance, dont la vocation consiste à réaliser les rêves d’enfants atteints de maladies graves.

En concrétisant leur désir le plus cher, ces enfants peuvent ainsi s’évader de la maladie et de l’hôpital qu’ils côtoient régulièrement.
Une bouffée d’air pur dans le présent et une force pour mieux envisager l’avenir… En parrainant un rêve, en faisant un don ou en devenant bénévole, vous aidez ces enfants malades qui ont besoin de retrouver le sourire et l’espoir.

 

Pourquoi Rêves ?

Parce qu’il y a 20 ans de ça, j’ai pu « grâce » à ma maladie exercer des activités comme la voile ou le tir à l’arc, auxquelles je n’aurais certainement pas eu accès si j’avais été valide et en pleine santé.

C’est au Centre hélio-marin de Roscoff que j’ai pu faire tout ça, parce que des gens s’étaient donné la peine de monter une structure permettant d’offrir de vraies vacances en colo à des enfants malades.

Pourquoi Rêves ?

Parce que ce « grâce à ma maladie » a tout changé. A partir du moment où la maladie m’a apporté quelque chose, j’ai pu l’accepter comme un élément de vie. Elle n’était plus seulement l’ennemi qui me retirait ma mobilité et mon avenir, elle devenait un paramètre avec lequel je devais composer, une différence parmi d’autres, qui pouvait m’apporter du positif autant que du négatif. Et accepter la maladie m’a permis de la combattre et de la vaincre.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, réaliser le rêve de ces enfants ne les prive pas de leur raison de se battre. Au contraire, c’est leur montrer que tout est possible, c’est leur donner envie de rêver plus fort, plus loin, plus haut.

Et puis … si seulement vous voyiez leur sourire … l’espace de quelques heures, ils perdent cette expression de maturité si particulière aux enfants gravement malades, et ils retrouvent leur regard d’enfants émerveillés. Oubliés, la maladie et l’hôpital, et place au rêve, aux rires, aux jeux. Les yeux pétillent, c’est magique. Ils redeviennent des enfants insouciants et heureux. Juste des enfants.

Voilà mon petit combat à moi.

23.04.2009

Un nid pour quoi faire ?

Texte.....................................................................OLIVIER CADIOT
Mise en scène............................................................LUDOVIC LAGARDE

"Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller image, chambre tt cft dans chalet atypique, artistes s'abstenir, envoyer prétentions."

Voici l'annonce qui déclenche ce roman/théâtre. Une dynastie en fuite ? au ski ? Le château n'est plus qu'un chalet. Le système de la cour se réduit à des histoires de famille. On y croise un chambellan devenu commercial et un Roi déprimé perdus dans l'histoire, mélangeant héraldiques et logos, entreprise et droit divin. On ne sait pas bien ce qu'ils attendent. Un homme qui croyait avoir déjà bien rempli sa vie, un dandy près de la retraite bien installé dans son basement anachronique décide, sous la pression de son entourage, au lendemain d'une fête mémorable de reprendre du service et de rejoindre ce club d'émigrés.

Avec PIERRE BAUX, VALÉRIE DASHWOOD, GUILLAUME GIRARD, CONSTANCE LARRIEU, RUTH MARCELIN, LAURENT POITRENAUX, SAMUEL RÉHAULT, JULIEN STORINI, CHRISTÈLE TUAL


Si l'impression de départ est pour le moins curieuse, on se laisse très vite embarquer par ce spectacle rempli de surprises et d'humour.

Les personnages font leur lit, se couchent, se lèvent sous nos yeux étonnés. Drôle de mélange entre la réflexion philosophique et l'humour visuel. Grand moment de plaisir devant une chorégraphie enlevée, profonde réflexion devant la fin de l'histoire.

22.04.2009

On va pourrir point com

Il y a quelques mois j'évoquais le formidable concept du site onvasortir.com.

Depuis j'ai pris beaucoup de distance avec ce site, pour diverses raisons personnelles. Et j'en suis très heureuse lorsque je vois l'évolution d'ovs Lorient.

Si un âge minimal est requis pour l'inscription, il n'existe malheureusement aucun moyen de mesurer le degré de maturité des gens. Ovs Lorient est aujourd'hui devenu le siège d'une guéguerre digne d'une cour d'école.

N'ayant pas suivi l'affaire, je suis un peu larguée mais si j'ai bien compris tout est parti d'un imbécile qui - sans doute pour se donner de l'importance - aurait rapporté de manière déformée et amplifiée une remarque émise dans un cercle privé.

Depuis, les "on-dit" et les "il paraît que" fusent de toutes parts. Les rumeurs, les jugements, les évictions, les "t'es plus ma copine" courent en tous sens.

Il y a ceux qui, pour d'obscures raisons, répandent des rumeurs sur le compte d'autres personnes.

Il y a ceux qui, moutons de Panurge, prêtent l'oreille à ces rumeurs sans chercher à se forger leur propre opinion.

Il y a ceux qui ne se mouillent pas et se veulent copains avec tout le monde.

Il y a ceux qui, bien que prétendant souffrir de la situation, s'empressent de jeter de l'huile sur le feu en relayant chaque rumeur ou remarque, entretenant ainsi le malaise ambiant.

Il y a ceux qui émettent dans leurs commentaires et attitudes des jugements de valeur sur des personnes qu'ils ne connaissent pas, se basant uniquement sur les racontars. Ces dernières personnes sont à mon avis les plus méprisables d'entre toutes. Elles entrent dans un conflit qui ne les regarde aucunement, provoquent des personnes gratuitement et contribuent ainsi largement à envenimer une situation déjà stupide.

Une cour de récréation où règnent quelques sales gosses.

Les plus intelligents vivent leur vie et continuent leurs sorties - avec ou sans ovs - sans s'occuper de ces conneries. Certains partent, tout simplement. Saine réaction emplie de maturité.

Quant aux autres ... peut-être qu'ils grandiront un jour ?